Mais où va donc Ubuntu ?

 

J’ai hésité à ajouter un [troll] au titre. Mais non. Cet article, aussi orienté qu’il puisse vous paraître, n’est pas là pour déchaîner les foules, ni pour servir de pilori à qui que ce soit. J’essaie simplement d’exprimer mon point de vue, de façon aussi réfléchie que possible, et à travers ma vision du Libre. J’en suis conscient, il y a un prisme entre la réalité et ce que vous allez lire ici. La question est plutôt : quelle est la mesure réelle de la déformation causée par ce prisme ?

Formulé autrement, le titre de cet article aurait pu être : « Ubuntu est-elle en train de s’Apple-iser ? ».

On connait tous ici le fonctionnement de l’éco-système des produits « à la pomme ». Ce qui en fait partie fonctionne comme un charme, de façon totalement (ou presque) transparente pour l’utilisateur. Et ce qui est hors de l’éco-système… eh bien, c’est la croix et la bannière. Que ce soit au niveau matériel, ou au niveau logiciel. Synchroniser sa bibliothèque Android avec iTunes ? Non. Dans l’autre sens, idem : je me rappelle des premières librairies assurant un support partiel des iPod sous Linux. Ça marchait mal, comme souvent dans ces cas d’ingénierie inverse. Et chaque nouvelle génération de produits Apple ré-introduit ces problèmes.

Apple est clairement au centre de son système : marché d’applications, matériels/logiciels propriétaires, compatibilités et interactions contrôlées… Et pourtant… il y en a, des briques libres, sous ces couches de code opaque : Mac OS X est basé sur Darwin.

Canonical, la société fondée par le millionnaire sud-africain Mark Shuttleworth et par ailleurs sponsor de la distribution Ubuntu, de Launchpad, d’Ubuntu One, d’Ubuntu for Android… est-elle en train de changer sa stratégie pour se rapprocher de celle d’Apple ?

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Pensez Ubuntu

Ubuntu, je l’ai utilisée pour la première fois lors de la sortie de « Dapper Drake », en 2006, parce qu’un DVD d’installation était livré avec un magazine. Je l’ai vite installée sur mon poste de travail, tout en gardant mon Windows XP, parce qu’après tout, le changement brutal, c’est pas toujours évident. Franchement, ça envoyait du lourd. Je l’ai utilisée un bon moment, en mettant à jour les versions. J’ai d’abord vu la distribution s’étoffer, s’améliorer… son support matériel s’étendre (mais j’ai encore une vieille webcam de chez Microsoft qui passe pas ! 😉 )… et puis d’un coup, en 2009… boum. Gros ralentissement, toujours du nouveau, mais moins qu’auparavant. Est-ce qu’Ubuntu se préparait pour un grand saut ? Avec le recul, j’ai envie de dire oui…

Arrive 2010, et la troisième version Long Term Support : Ubuntu 10.04 Lucid Lynx. Nouvelle identité visuelle, meilleure intégration d’Ubuntu One (le « cloud » de Canonical,  intégré par défaut dans Ubuntu depuis la 10.04), et, entre autres… Intégration du Ubuntu One Music Store au lecteur de musique Rythmbox.

Puis, au fil des versions, les changements s’enchaînent : fin du support de SPARC et Itanium, évolution de la logithèque (dont des logiciels marqués comme validés par Canonical/Ubuntu), Unity imposée comme interface par défaut, apparition des « loupes », partenariat avec Amazon pour une intégration au sein de la distribution, apparition de Web Apps (oui, on peut coupler Ubuntu et Facebook pour recevoir les notifications…), et création d’une variante « spéciale Chinois » dans le but non dissimulé de gagner des parts de marché et de nouer des partenariats avec des boîtes chinoises (citons WPS Office, ou encore Baidu Music).

Je pense que vous avez saisi l’idée générale. Honnêtement, face à de telles évolutions axées « commerce », j’ai quitté Ubuntu 9.10 pour Debian, dont la philosophie me parlait plus. L’expérience acquise sous Ubuntu était suffisante, ou presque, pour configurer mon poste (et Debian a encore beaucoup progressé depuis). Puissance, légèreté, et surtout communauté, sont 3 mots que j’ai re-découverts grâce à Debian.

 

Ubuntu ne dégage plus vraiment ces impressions

Ubuntu s’est alourdie, encrassée. Les rouages sont maintenant huilés à coups de logiciels propriétaires (jusque dans les pilotes) et de partenariats financiers amenant à des modifications de la distribution.

Quand je parle de système d’exploitation libre, et si je pousse un peu les gens à délaisser le propriétaire/commercial, ce n’est pas pour conseiller un OS qui va renvoyer sur Amazon, ou mettre en avant son propre cloud. On repart sur du centralisé, et c’est à l’encontre de mes principes. Restons indépendants, quoi !

 

Vous avez dit « communauté » ?

Un logiciel libre n’est que peu de choses sans la communauté qui le soutient et l’améliore. Ubuntu a (avait ?) une large communauté de membres, de développeurs… dont certains s’étonnent de la prise de pouvoir de Canonical : certaines orientations, décisions… qui auparavant incombaient à la communauté sont aujourd’hui plus que « guidées ».

Martin Owens (aka DoctorMo, pour les intimes et/ou connaisseurs), un « vieu de la vieille » parmi les devs d’Ubuntu, affirmait récemment que la communauté Ubuntu est morte, et a cédé la place à la communauté Canonical : la boîte décide, les devs s’exécutent. Si M. Owens continue de développer des logiciels compatibles avec Ubuntu, ce n’est pas le cas de tout le monde : Fedora, Debian… récupèrent les développeurs d’Ubuntu.

Contrairement à ce que certains pensent, la communauté, ce n’est pas juste un forum avec des utilisateurs (débutants ou non) et des gens plus calés qui répondent à leurs questions, solutionnent leurs problèmes… et gèrent une documentation. N’oubliez pas qu’avant de pouvoir écrire une doc, il faut que l’application fonctionne…

 

Mais… à quoi joue Canonical ?

Ubuntu est une distribution qui marche. Dans le sens où elle est plutôt facile à appréhender pour le néophyte. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est devenu une distrib’ pour assistés, même si je ne suis pas bien loin de le penser.

Et on reproduit donc le schéma Apple : la distribution est devenue une belle cage dorée, qui enferme l’utilisateur, et prochainement les développeurs, s’ils ne font rien.

Réfléchissez. Vous quittez votre Windows 8 qui marche mal, comme une version de Windows sur deux. Vous vous habituez à une interface nouvelle pour vous. Vous prenez vos habitudes avec Unity. D’éventuels pilotes propriétaires font tourner votre système, tout va bien. Et s’il vous prenait l’envie de tester une autre distribution, comme Mint ou Fedora ? Eh bien… vous serez tout paumé, face à une interface pourtant quasi-standard dans le monde de Linux (GNOME et KDE sont les plus répandues, et Mate ou Cinnamon ont un fonctionnement très proche de celui de Windows), mais nouvelle pour vous. Unity est très éloignée de ce qu’on connaît actuellement, et cela va forcément empêcher des utilisateurs de quitter Ubuntu.

Des exemples comme celui-ci, il y en a à la pelle. Piéger l’utilisateur pour le garder, c’est moche, mais courant. Mais voilà : Unity, c’est un logiciel développé en interne, et pas par la communauté. Objectif commercial et stratégique ?

Richard Stallman, gourou du Libre s’il en est un, affirme depuis un moment déjà qu’Ubuntu n’est pas libre : dépôts officiels de logiciels non-libres, et recommandations de Canonical allant dans le même sens. Selon lui, c’est un « pas incomplet » vers le libre. Et honnêtement, la gouvernance et la finalité d’Ubuntu n’ont rien à voir avec celles de Debian, dont Ubuntu s’est pourtant largement inspirée à la base.

 

Ubuntu est commerciale ?

Pour faire très simple… Mark Shuttleworth a de (très) grandes poches, mais elles ne sont pas sans fond. Et si Ubuntu est gratuite, il faut qu’elle génère des revenus. Comme Red Hat, par exemple. À quelques différences près : Red Hat est payante, tout comme le support. Mais une version « communautaire » gratuite existe : Fedora.

Alors, pourquoi tant de remous ? Simple aussi. Là où dès le départ Red Hat affichait son objectif de rentabilité, Ubuntu est restée vague. On pouvait se faire expédier des CD d’installation gratuitement. Ça faisait « caritatif du libre » gonflé aux stéroïdes, on ne parlait pas d’argent, en quelques mots : ça faisait bien. Et ce sont ces évolutions à but commercial qui ont froissé les développeurs et les utilisateurs.

 

Ubuntu… par Ubuntu, et pour Ubuntu.

Parlons un peu d’avenir. Maintenant que vous avez compris qu’Ubuntu et Canonical étaient là pour générer des profits et se démocratiser, voyons en quoi son mode de fonctionnement pose question, et tend à enfermer l’utilisateur dans son système, à la façon de la firme de Cupertino.

Prenons un premier exemple : le serveur d’affichage Mir. Posons le décor : le serveur d’affichage actuel, X, est utilisé depuis un bon moment. Il vieillit, s’alourdit…

Wayland, c’est le très probable futur remplaçant de X.org dans de nombreuses distributions Linux : Fedora, Mandriva, MeeGo, Ubuntu ont annoncé qu’elles utiliseraient ce nouveau serveur d’affichage. Jusqu’au 4 mars 2013, où  Canonical a finalement annoncé que Wayland serait remplacé par Mir, un autre serveur d’affichage développé en interne depuis juin 2012.

Pourquoi ce revirement ? Pourquoi un logiciel exclusif à Ubuntu, là où un développement mutualisé de Wayland semblait la meilleure solution ? Officiellement, pour répondre aux besoin d’Ubuntu, et seulement d’Ubuntu, sans fonctionnalités supplémentaires ni possibilités d’évolution. Unity cèdera sa place à Unity Next, la future génération du gestionnaire de fenêtre lui aussi interne, qui a entre autres objectifs d’unifier les interfaces d’Ubuntu et d’Ubuntu « mobile » (la version pour tablettes, smartphones et TV… ça ne vous rappelle rien ?). Et comme pour Apple, Canonical est parti de briques libres pour développer Ubuntu Touch : SurfaceFlinger, le serveur d’affichage d’Android…

Toujours dans cette logique d’enfermement : la rétro-compatibilité avec X sera assurée. Comprenez par là que les applications écrites pour fonctionner sous X tourneront sous Mir. Mais l’inverse n’est pas vrai : un programme écrit pour Mir, tournant seulement sous Ubuntu, ne sera pas compatible avec X ou Wayland,  ou peu. Des librairies devraient être développées pour les toolkits (GTK, QT…) « les plus importants », mais sans certitude. Et si c’était le cas : pour combien de temps ?

(là normalement, vous vous exclamez : « Scandale ! » )

Pis encore, AMD et NVidia semblent s’orienter vers le support de Mir, en développant une version adaptée de leurs pilotes graphiques propriétaires. Espérons que cela ne sera pas au détriment de Wayland…

Un dernier exemple. La plupart des distributions Linux, contrairement à Windows, intègrent des dépôts logiciels, avec des milliers de logiciels « prêts à l’emploi », pour votre architecture, avec un système de dépendances, de gestion des mises à jours, etc. Ces paquets logiciels (on les appelle comme ça) sont souvent sous la forme d’une archive. Pour Debian et ses dérivées, les archives sont des fichiers DEB, et le gestionnaire de paquets est APT.

Alors oui, les dépendances sont parfois « galère » à gérer, mais au moins cela évite de faire une mise à jour individuelle de chacune des applications utilisant une même librairie : seule la librairie se met à jour. Si vous installez un logiciel qui nécessite cette librairie, APT l’installera automatiquement pour vous. C’est le principe.

Et Ubuntu a décidé de faire bande à part, une fois encore : abandonner le DEB et APT, et les remplacer par un format de paquet propre à la distribution, avec le gestionnaire qui va bien. Pourquoi ? Entre autres, pour supprimer le système de dépendances : chaque programme embarquera tout le nécessaire pour fonctionner. Il est clair que cela va faire du ménage dans la liste des paquets disponibles à l’installation. Mais est-ce réellement efficace ? Si 5 applications utilisent une même librairie, on devrait « logiquement » la retrouver 5 fois sur le disque, étant donné que chacun des programmes l’embarque.

 

Remember…

Voilà la triste perspective que nous avons. Une distribution qui se désolidarise de ses développeurs et de ses utilisateurs. Qui va utiliser sa propre interface graphique, sur son propre serveur d’affichage. Des paquets logiciels préparés pour elle seule. Une même interface sur PC, tablette, smartphone, TV, avec bien évidemment des passerelles entre ces plate-formes. Et plus encore dans les cartons, j’imagine.

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Maintenant, prenez un peu de recul, et faites le parallèle avec Mac OS X. Vous y êtes : OS X n’utilise pas X/X.org, mais son propre serveur d’affichage, Quartz. Sur lequel vient se greffer Aqua, le gestionnaire d’affichage maison. Les paquets logiciels sont dans un format propre, le PKG. Et iOS, qui reprend nombre d’éléments graphiques d’OS X, est clairement axé sur l’unification de ces interfaces.

Voir des amis synchroniser leur iPhone avec iTunes+iCloud, ça me fait flipper. Confier l’essentiel de ses données à un seul et même prestataire, c’est (à mes yeux) proche du suicide. On se rend dépendant. Et Canonical l’a compris. Quand vous brancherez votre smartphone sous Ubuntu Touch à votre PC sous Ubuntu pour synchroniser votre musique avec votre compte Ubuntu One, vous me ferez toujours aussi peur. Vous devenez alors clairement le business de Canonical. Rappelez-vous quand même que dans beaucoup de cas, « si un service est gratuit, c’est que vous êtes la marchandise ». Et c’est donc qu’il y a un « truc » qu’on ignore.

7 réflexions sur “ Mais où va donc Ubuntu ? ”

  • 19 mai 2013 à 22 h 31 min
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    Très instructif… néanmoins, je suis utilisateur de Mac, windows et Ubuntu et je pense qu aussi Ubuntu tente de forcer le passage et sa place en tant que OS a part entière dans ce monde de brut. As-t-il raison ou tort, je ne sais, mais comment faire autrement pour un jour avoir la possibilité aux acheteurs de pc de choisir son OS ?

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  • 20 mai 2013 à 17 h 41 min
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    Très bon article que j’attendais depuis un moment (pas forcément sur ce blog d’ailleurs). Non, ce n’est pas un troll, il est bien pensé et surtout argumenté avec des faits clairs et observables (avec un peu de recul et sans mauvaise foi bien sûr…).

    Ça fait plaisir de voir des articles comme ça qui critiquent intelligemment le libre. Oui, d’habitude, la communauté peut faire les plus grosses conneries du monde on entend toujours des: « Oui, mais c’est libre ». Comme je l’ai tweeté il n’y a pas longtemps, « c’est pas parce que c’est libre qu’il faut faire des conneries ».

    Ceci étant posé, il est clair qu’Ubuntu change *discrètement* (doucement et étalé sur le temps plutôt) d’orientation. Cette discrétion repose sur plusieurs raisons:

    – Ne pas effrayer les utilisateurs (malgré leurs cris).
    – Garder les utilisateurs « nouveaux » qui n’ont pas les connaissances pour installer autre chose.
    – Assurer la rentabilité future si les utilisateurs restent.
    – Enfermement progressif pour que la pilule passe.

    On note aussi que le côté libre s’en va allègrement (il y a juste à voir le nombre de softs proprio dans le store). On note aussi le fait que la communauté gueule, elle gueulerait dans le cul d’un poney que ça serait la même.

    C’est un enfermement lent, mais qui s’étend sur pas mal de produits (PC, téléphone, tablette). D’ici deux à cinq ans, je parie que pour utiliser Ubuntu et tout ce qui est possible de faire actuellement, il faudra payer, ou être violé par la pub à longueur de journée (COUCOU AMAZON).

    C’est bien pour ça que l’auteur et moi même faisons le nécessaire pour apprendre aux gens à utiliser clairement GNU/Linux. C’est pas parce que des débutants sont mal informés ou mal formés qu’ils sont obligés de subir un système d’enfermement, tout comme les « clients » Apple.

    Il faudrait aussi, pour l’éducation des masses, d’arrêter de faire courir le fait que GNU/Linux est pour une classe élitiste en informatique. Ce n’est plus réservé aux barbus programmeurs ou admin réseau ne sortant plus de leur cave pleine de câbles réseaux.

    Bref, orientez vous vers autre chose ou subissez. Affaire à suivre !

    Cordialement Bisous.

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  • 20 mai 2013 à 18 h 40 min
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    Cela fait longtemps que je n’utilise plus ubuntu , car je n’aime pas depuis plusieurs version leur orientation , unity m’a aider a les quittée
    Il se tourne depuis quel que temps dans le commercial (ce n’est pas un crime en soit) mais je n’aime pas leur orientation.
    Il s’enferme dans leur système , dernier en date , il veulent leur propre gestionnaire de paquet etc.
    Alors que le comble c’est que c’est des bénévoles qui contribue le plus (forum, irc).
    Linux a changer avec ubuntu mais maintenant il y a d’autre distribution user-friendly
    bref , je n’aime pas canonical , et certain ubunteros qui croit que leur distribution et la meilleur etc
    Merci pour cette article ,

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  • 11 juin 2013 à 10 h 25 min
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    Très bonne analyse et très bonne synthèse, merci. J’ai récemment installé dans une école une solution sous LTSP. Et pour beaucoup des raisons énoncées dans cet article j’ai fait le choix d’une Debian Wheezy plutôt que Ubuntu et je ne le regrette pas. Cela a nécessité un peu plus de travail mais ce fut gratifiant. Par les temps qui courent on est pas mal sous Debian.

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  • 30 novembre 2014 à 17 h 13 min
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    Le billet est orienté (« Ouf ? »). Par exemple, pourquoi présenter négativement le fait qu’une distribution Linux facilite l’installation de logiciels privateurs ? l’existence d’un écosystème fort est certainement une bonne chose pour l’avancée du GNU ; cela n’empêche bien sûr pas de rappeler les dangers de ces logiciels, ni de les éviter. J’étais bien heureux d’avoir des pilotes privateurs pour certains de mes matériels…

    Et que penser de ce « Des librairies devraient être développées pour les toolkits (GTK, QT…) “les plus importants”, mais sans certitude. Et si c’était le cas : pour combien de temps ? » ? Il suffit effectivement de coder en Gtk ou Qt si tu souhaites que cela tourne à jamais librement sous Wayland (qui n’est pas un serveur d’affichage, mais bien mieux… bon, c’est peut-être pas le meilleur endroit pour revenir là-dessus).

    De même, ta critique du choix d’autoriser les bibliothèques packagées avec les logiciels est très peu étayée. C’est une option pourtant viable, valable du point de vue de l’offre logicielle. Elle peut simplifier de beaucoup la vie de l’utilisateur (mise à jour vers la version des développeurs, la plus à jour, sans devoir attendre) et celle de la distribution (travail sur la base uniquement, système plus fiable). Alors..?

    Bref, j’ai l’impression que tu t’autorises beaucoup d’éléments assez contestables dans ton argumentation, et cela n’aide pas à aller dans ton sens. Il y a à dire, pourtant ; mais il faut savoir garder la tête froide : Canonical tente de pousser Ubuntu « assez loin » (« sur beaucoup de machines »), et tout n’est pas mauvais.

    Déjà, la licence du code l’interface graphique est [plus ou moins (là on peut troller !)] libre (à l’inverse de Os X, duquel seules les couches basses le sont). Ensuite, la structure d’Ubuntu reste plus proche de celle des autres distros que ne l’est celle d’Android ; donc si Canonical réussit, le code pourra assez facilement être réutilisé.

    Oui, il paraît normal que les libristes communautaristes aillent voir ailleurs. C’est semble-t’il cela qui t’a poussé à écrire ce billet et à aller voir si l’herbe était plus fleurie à côté. J’aurais à dire là-dessus, rappeler que le Logiciel Libre concerne les droits de l’utilisateur, pas les droits d’une « communauté »… pas maintenant.

    Il est aussi normal que les libristes extremistes aillent voir ailleurs. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais fait tourner d’Unity chez moi, le plan de Canonical était à peu près clair lorsqu’ils l’avaient annoncé. Fedora est un bien beau projet — et assez actif ces temps-ci —, qui correspond bien mieux à ce que j’attend.

    Si l’on y interdit l’utilisation des bibliothèques packagées avec les logiciels, c’est pour forcer la correction des bugs dans les ‘upstream’ des projets, pas pour être « efficaces » (c’est ton mot) ; d’ailleurs, on n’a toujours pas Chromium.

    De même, les choix de la distribution sont faits sans tenir compte des bouts de code privateurs qui peuvent tourner ; parfois ça casse. Et que le gros du travail soit fait par une entreprise n’est pas important, c’est même plutôt bien vu.

    Pour conclure, un code est libre ou il ne l’est pas, mais tout n’est pas blanc ou noir. L’écartement d’Ubuntu des autres distributions et son développement en interne sont effectivement volontaires, c’est une stratégie commerciale. Qu’elle se révèle bénéfique ou non à Canonical, c’est trop tôt pour le dire, même si je trouve ça assez dangereux pour eux ; alors qu’elle reste comme un bien ou un mal dans l’histoire du Libre, c’est vraiment trop tôt pour dire. « Mais où va donc Ubuntu ? », pas sur mon ordinateur (non plus) en tous cas.

    Oh, et concernant le « Comme je l’ai tweeté il n’y a pas longtemps, “c’est pas parce que c’est libre qu’il faut faire des conneries ”»… Twitter non plus ne va pas sur mon ordinateur.

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